Tu coupes, je choisis!

Le Loupiot avait demandé que je vienne un peu près de lui car il craignait que le grand-méchant-rêve qui l’avait ennuyé la veille vienne à nouveau lui chatouiller les orteils.
Nous étions donc couchés silencieux dans son petit lit, les yeux dans les yeux, sa petite main posée sur ma joue qu’il m’avait dit très douce.

A un moment, sur le ton du secret et les yeux irisés d’étoiles il avait prononcé son début de phrase favori: »Maman, t’imagines… »
– j’imagine quoi mon chéri?
– t’imagines une maman qui pendant tout un mois fait dodo près de son enfant?
– Oho! Oui j’imagine! Et tu en penserais quoi toi?
– ce serait trop chouette! (Et quelques étoiles de plus s’allumèrent dans ses yeux)
– ah? Tu trouverais cela trop chouette que pendant tout un mois (étoiles qui s’allument, un vrai sapin de Noël là-dedans) je fasse dodo près de Maxichou?
– euh… (Là les étoiles ont filé)… Ben euh… En fait non…Ce serait pas chouette pour les autres… (Nuit noire au fond des yeux)

Puis d’un coup, feux d’artifice dans ses prunelles:
– Oooooh mais j’ai une une super idée: le premier mois tu fais dodo près de Maxichou, le 2ieme près de Milou, le 3ième près de moi puis le 4ième re-Maxichou, le 5ième re-Milou et le 6ième re-Moi!

Ben oui. C’est simple.
(Tu n’aurais pas oublié quelqu’un par hasard? un indice: ça commence par « Pa » et ça termine par « Pa »)

Aaah! L’apprentissage du partage! Un fameux défi dans une fratrie! Surtout avec deux parents comme nous qui n’avons jamais appris à partager. Et oui, j’ai, tout comme Bilou, hérité de la place la plus confortable: pas plus gâtée que les autres (les autres, arrêtez-moi si je me trompe) je suis née avec un gros avantage: l’option « partage » comprise dans le lot « cadette-de-quatre ». Je n’ai jamais dû apprendre à partager puisque les trois autres ont, pour moi, toujours été là. Je ne me suis jamais senti spoliée ou jalouse  de ce qu’avaient les plus grands. C’était normal. C’était plutôt les grands qui partageaient avec moi puisqu’ils avaient rarement envie que je leur partage mes bidules (c’est le mot, choisi précisément: je collectionnais effectivement des bidules) Le partage était plutôt connoté plaisir et normal/logique/naturel. Bref, comme je le dis, très confortable cette quatrième place!

La seule chose dont je me souviens et qui me semble être une excellente façon d’apprendre à partager équitablement, c’était le « tu coupes, je choisis » aussi appelé « je coupe, tu choisis ». Ainsi celui qui détermine les deux parts n’est pas celui qui les attribue ce qui l’incite à faire deux belles parts bien égales.

Mais pour qu’il y aie des cadets au positionnement confortable, il faut des ainés un brin malmenés. D’abord par un bébé qui accapare les parents puis qui en grandissant devient un petit être envahissant et touche-à-tout.

Je n’ai pas vécu cela, et je le découvre avec mes deux « grands ». Je dois donc apprendre à apprendre à partager. (Toi aussi lance-toi le défi-fou d’être parent, tu verras, ça ne manque pas de piquant)

Cet échange avec le Loupiot me laisse à croire que le sens du partage passe par la compassion. Qu’en pensez-vous? Quelle place aviez-vous dans la fratrie? Avez-vous le partage gai aujourd’hui ou est-ce toujours difficile? Comment fait-on pour apprendre à être heureux que l’autre ait une partie de ce qui aurait pu être rien qu’à moi?

 

2 Comments

  1. Haaaaa, cette notion du partage…

    Étant l’aînée, avec une très très grande différence d’âge avec mon frère (10 ans), je n’ai pas souvenir de quelconques problèmes entre nous sur ce point. Nous n’avions que peu en commun et j’étais ravie que, à l’entrée de l’adolescence, mon petit frère occupe toute l’attention maternelle ???

    C’est avec mes minis que la question du partage est très vive. Parce-qu’elles n’ont qu’un an et demi d’écart et que tout ce que l’autre possède/fait/vit est toujours plus intéressant. Mon défi quotidien est de leur rappeler qu’elles ne manquent de rien et qu’en partageant, le plaisir est plus grand. Mais bon, c’est plus facile à dire qu’à faire ?

  2. Michel Maes

    Très belle histoire d’une belle fraterie où le partage et l’amour de l’autre y est naturel
    Tout comme toi je suis le cadet d’une fratrie de 6 enfants (un est malheureusement parti quand j’arrivais) Une grande différence d’âge entre eux et moi a fait que j’ai toujours été mis un peu à l’écart des autres eux ils partageaient entre eux moi j’essayais de me raccrocher à eux en partageant tout ce que je pouvais mais sans rien en retour j’étais trop petit et après j’avais une autre vie sans eux juste leurs enfants étaient plus proches de moi avec eux j’ai pu partager ce que j’ai pas pu avec mes frères et sœur
    Heureusement il y a eu ma maman (ha les mamans comme je comprends ton Loupiot) elle m’a donné tout ce qu’elle pouvait me donner un vrai partage j’ai eu avec elle ce qui m’a permis de faire ce partage avec la famille que je m’étais choisie dans le milieu de la bande dessinée tout comme ma maman j’ai toujours aimer donner aux autres sans rien attendre en retour et j’aime le faire je pense que c’est aussi pour ça que je suis bénévole à Accompagner :)
    Je pense que tes loulous vont adorer partager avec les autres c’est l’héritage que toi et Matthieu leur donnez chaque jour

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